Récit d'Anaïs - Première partie

Immersion Laponie  
- Hiver 2016 -

"Je m’appelle Anaïs et voici maintenant 29 printemps que je savoure la Vie.
L'appel du Grand Nord est en moi depuis quelques temps déjà.
L’hostilité, la beauté, la rudesse, l’immensité, la diversité, l'intensité que sont ces paysages ne m'ont jamais laissée indifférente.
Il y a d'abord eu l'Islande avec ses étendues, ses couleurs et sa diversité incroyable. Avec cette atmosphère mystique si caractéristique. Cet îlot sublime de magie qui nous ouvre les bras de la créativité. Ces endroits où respirent l’inspiration.
Bien des années plus tard l'appel du Grand Nord était si fort qu'il m'a fallu me rendre dans un des points les plus au nord accessible en voiture depuis la France. Alta en Norvège, fût ce point septentrional. 
Mais le dernier appel du Grand Nord en date, fût celui de la Laponie Finlandaise.
Je songeais depuis ma lointaine montagne au nord des Alpes, à la rencontre d’un peuple, d’une culture, de paysages et de ciels qui m’étaient inconnus jusqu’alors.
C’est ainsi qu’avec Isabelle, amie de coeur de longue date, nous nous rendîmes sur ces terres lointaines. C’est ainsi que comme un pèlerinage, main dans la main, nous remontions à la source, sans savoir qu’elle en était. Mais ensemble, nous prenions la même direction. 
Jour après jour, il était évident que nous n'étions pas Ici par un simple hasard, nous recherchions profondément, intérieurement, chacune, "quelque chose”. Que les mots si dérisoires n’expriment et n’expliquent pas. “Quelque chose” qui se rapprochait de “l’Expérience”. Au fond de moi et ainsi chaque seconde de ma vie, c’est l’expérience qui m’attire, qui m’appelle, et qui m’anime. Comme un besoin de me libérer du connu. 
Nous étions donc en quête de cette Expérience. Le voyage, après une dizaine de jours, touchait déjà presque à sa fin et malgré les paysages parcourus, les couleurs d’un ciel boréal, les immensités des lacs commençant seulement à geler nous laissant deviner l’infini, malgré nos diverses rencontres avec le peuple lapon, nos ballades dans ces étendues sans fin et nos nuits dans les cabanes finlandaises, malgré ce manteau de blanc immaculé, pur et cristallin dont chaque particule de nature est enveloppée comme du coton doux et soyeux et dont la seule contemplation de cela pouvait remplir mon coeur, mes yeux, de joie, de gratitude et d’amour. Malgré tout cela et très personnellement, je ressentais comme un vide, un goût de trop peu, une sensation de non-accomplissement. Je pensais déjà à un retour en ces Terres afin d’aboutir à cet appel, requête, expérience, qui m’apparaissait finalement comme spirituelle. 
Quel ne fût pas mon étonnement de comprendre que cette "Expérience" laponne commencerait le dernier jour de mon voyage initialement prévu.
C’est ainsi que les joies et les surprises de la vie ont mis sur notre chemin deux âmes, Baptiste et Luka. Dans ce petit village qu’est Ivalo, au nord de la Finlande, aux pieds de la Taïga laponne.
Ces hommes, aux regards vifs et vides à la fois, un vide qui pouvait laisser place à l’immensité, à la réflexion, au questionnement, un vide représentant l’absence et la présence, la méfiance et la confiance simultanément. Dans ces yeux se dessinait une danse de vérités. De ces regards, je compris que face à moi se trouvaient deux hommes libres.
Assis dans un coin de la ville, ils étaient vêtus avec d'innombrables couches de vêtements, toutes plus chaudes les unes que les autres. Laine, coton, fourrures les emmitouflaient pour les protéger de ce froid qui pouvait être glacial et atteindre jusqu’a - 35*C en cette période de l’année. Ils trainaient avec eux une luge, remplie d’innombrables “choses”. Prés de leur sac-à-dos se trouvaient deux chiens. La belle Zita au pelage soyeux et au regard compatissant et contemplatif. Puis “l'intelligent" Kané, au maigre pelage et au regard joueur.
Ces garçons nous attendaient, et nous, Isa et moi, les cherchions. Nous avions été mis en contact par des amis lapons en commun, Samsa et Miia. Ils nous avait dit que deux amis français étaient partis vivre dix jours en autonomie dans la forêt. Intriguées et faisant les différents liens des signes associés, il nous paru évident qu’il nous fallait rencontrer ces jeunes hommes.
Ainsi, ce soir là, nous partageâmes un tipi, un feu, une guitare, un poisson fraîchement péché, une cabane, un lit.
Au près du feu, nous nous racontions nos histoires respectives. La leur était ainsi : 
Baptiste animait depuis quelques temps déjà des immersions en nature, visant l’autonomie primitive, principalement en France et en Russie. Le but de sa venue en Laponie, qu’il connaissait apparemment pour y être venu plusieurs fois, était de mener à bien une immersion en totale autonomie dans la taïga Finlandaise un mois durant. Du 21 novembre au 21 décembre, jusqu’au solstice d’hiver. 
Luka, italien/belge, en tant qu’ami d’aventure fidèle et amoureux également de la nature accompagnait Baptiste dans ce périple. 
Le train les avait amené jusqu’au nord de la Norvège, puis de longues heures selon leurs dires, d’auto-stop les avaient poussé comme le vent souffles sur les feuilles automnales, aux coufins du Lapon finlandais. Ils avaient passé ensuite dix jours à vivre en forêt, dix jours de repérages pour cette grande immersion. En effet, un groupe de sept personnes, dans quelques jours allait les rejoindre. 
Nous écoutions attentivement au coin du feu, ce futur projet palpitant, attirant… Comme s’il s’agissait d’une des innombrables histoires du Père-Castor. Il fût l’heure d’aller se coucher…
Au petit matin, à l’aube, nous nous quittâmes sur les bords des routes, cette E75, route traversant entièrement la Finlande. Isa avait un avion à prendre pour Helsinki pour ensuite rentrer en France. Ayant un peu plus de temps je choisissais de m’y rendre en auto-stop. Parcourant les kilomètres au gré de mon simple pouce, admirant ces paysages sublimés de blanc. Je me souviens avoir repenser à cette rencontre, à ces garçons des bois. Ils me paraissaient comme des “Frères de Route”, des personnes dont l’essence m’était familière. Je me souviens, accoudée à la fenêtre de cette camionnette, contemplant ce blanc persistant, de la beauté de ces êtres.
Demain, je rejoindrai ma soeur sur un autre continent. Demain je serai en Thaïlande. C’était ce qui était prévu.
Seulement voilà, après 14h de bus, (car oui le stop n’a finalement pas suffit), beaucoup de choses peuvent changer. Pensez-y lorsque vous y serez confronté !
Après ce long trajet, je retrouvais Isa à Helsinki, qui elle, était arrivée beaucoup plus aisément par voie aérienne. Une seule envie m’enivrait  :  faire partie de cette immersion. Être en reliance avec la Nature, aller caresser mes limites autant physiques, morales que spirituelles. L’appel de la Forêt était présent en mon coeur, comme si plus rien d’autre ne pouvait m’animer.
D’un regard franc et sincère Isa et moi comprîmes que nous avions été prises par la même vague et qu’à nouveau, main dans la main, nous serions sur le même bateau. Prêtes à embarquer sur les toits du monde. La Taïga malicieusement nous attendait. 
Je vous épargne les détails sur les multiples hésitations que nous avons pu avoir quant à notre réelle participation à cette immersion, l’essentiel étant notre décision finale et commune de vouloir vivre et partager cette expérience ensemble. Nous informions Baptiste de notre décision. Il accepta notre venue. 
Maintenant, il nous fallait faire vite, nous avions un jour et demi seulement pour les préparatifs. Isa décida de prendre son vol pour la France comme initialement prévu afin de pouvoir y récupérer du matériel. Quant à moi, j’annulais mon vol pour Bangkok, conversais avec ma soeur que je devais rejoindre, afin de lui décrire cette aventure que je m'apprêtais à vivre. Cette opportunité inédite.  
Je choisissais donc de rester sur place, à Helsinki et de racheter du matériel, quitte à le revendre plus tard. Heureusement les petites économies ont rendu cette aventure possible. 
J’ai donc pendant un jour et demi couru dans la capitale finlandaise entre friperies, magasins de sports, surplus militaires etc… afin de dénicher le meilleur matériel, celui qui assurerait ma survie. Il me fallait sauvegarder ma vie, que je mettais en péril consciemment. Dans le cadre de cette immersion, le moindre faux-pas pouvait nous être fatal. Il me fallait négliger aucun point technique. Mon principal rival, ici, allait être le froid. Le froid, je le connais bien et il me connaît tout aussi bien. Hiver comme été, un courant d’air un peu trop frais peut vite engourdir mes extrémités, syndrome de Raynaud associé aux engelures endurées lors de l’ascension du Mont-Blanc lorsque j’avais 14 ans, font de mes extrémités une proie facile. Il me fallait être vigilante. J’optai pour des sous-gants et moufles en laine surmontées de mes inséparables grosses moufles. J’avais également un bon stock de chaufferettes, elles, qui en l’espace de quelques minutes, au contact de l’oxygène, remettent de l’espoir là où plus rien n’est possible. Ces amies de poches sont si réconfortantes. Dommage cependant, qu'elles soient fabriquées avec des matériaux chimiques, non-dégradables et toxiques au contact du feu.   Après 36h de folie dans cette fourmilière citadine, mon sac était constitué comme suit : 
-deux pulls en laine
-un pantalon en laine renforcé genoux/fesses type militaire
-un sous pantalon en laine
-un sous-pull en laine
-2 grosses paires de chaussettes en laine + 2 fines
-un bonnet
-une écharpe - une chapka 
-des sous-vêtements
-des gants type moufles
-plusieurs sous-gants en laine
-une petite couverture en laine
-deux couteaux
-une hache
-une scie pliante
-des cordes
-des sangles
-une thermo
-une popote
-une frontale
-des piles de rechanges (beaucoup !)
-un appareil photo
-une boussole
-un note book
-une pharmacie de secours
-des huiles essentielles
-le nécessaire de toilette
-des guêtres
-des chaussures type SOREL
-un duvet grand froid
-un sous duvet polaire
-des chaufrettes
-une peau de renne - et … un kilo de jaggery (sucre indien non raffiné ) !!!!
Je rejoignais Isa à l’aéroport d’Helsinki. On s'envolait  à nouveau pour le Grand Nord. Nous et notre allure de trappeuses. Ce soir là, à Inari, avant de nous endormir pour une dernière nuit au confort optimal, nous révisions à nouveau nos sacs afin d’éliminer le moindre soupçon de superflu. Nous comprendrons par la suite, après plusieurs heures de marche que notre évaluation n’était pas très objective. 
**
Les sacs bouclés, la dernière douche prise, nous claquons la porte de l’hôtel d’un pas sûr et encore serein. Décidées plus que jamais à vivre et à commencer cette aventure. Comme si la Vie prenait tout son sens maintenant.  Le point de rendez-vous était l’hôtel Inari, là nous rencontrâmes le reste de l’ équipage.
Eux, revenaient d’une nuit en cabane à deux heures de marche d’Inari. A cause de notre décision tardive, Isa et moi n’avions pas pu profiter de cette excursion. Baptiste avait pu prendre le temps d’analyser les sacs de chacun afin de restreindre le poids en éliminant l’inutile. Étape, qui, pour nous les retardataires, nous a été épargnée. A notre grand regret. 
C’est donc en buvant un thé pour les uns et café pour les autres entre le pavillon et l’entrée de cet hôtel que je découvris chacun des membres de cette nouvelle tribu. Je regardais le visage de chacun … Nous semblions heureux et présents, même si chacun de nous manifestait dans son regard un questionnement sur le sort qui allait être le nôtre, s'abandonner à la Nature n’est finalement pas de toute aisance. Notre sort, notre Vie allait être entre les mains de notre chère Terre-Mère. Sur ces terres boréales, la Pachamama nous réservait de belles surprises. 
Une fois les présentations faites, nous prîmes ensemble un mini-bus taxi qui nous amena dans les premières profondeurs de la Taïga. Au nordouest d’Inari sur plusieurs dizaines de kilomètres. Le préalable repérage de Baptiste et de Luka quelques jours avant permit d’indiquer l’arrêt du bus. 
Pour nous, au milieu de nulle part, dans un désert de neige parsemé de pins et de bouleaux, c’était notre point de départ ! L’expérience commençait ici et maintenant. Une première photo de groupe fût prise. Insouciants, propres et souriants, l’inconnu, dans ce tableau, se trouvait juste derrière nous. 
Le klaxon du bus puis sa disparition me fît prendre conscience de la réalité dans laquelle je me trouvais. La Nature nous ouvrait ses bras, ses portes, mais il nous fallait y aller avec méfiance et prudence. Cette Nature semblait rude et intransigeante. Plus tard, par expérience, nous ne pourrions que confirmer ces dires. 
Avant notre départ, nous prîmes le temps ensemble de joindre nos énergies, nos intentions et nos motivations. 
Nous étions en cercle, les mains entremêlées. Les feuilles des arbres encore trop peu alourdies par la neige, frémissaient. La Nature se joignait à nous. Le silence régnait. Chaque respiration étaient intensément choisie. Puis se glissa dans l’oreille de chacun une douce prière. Baptiste, notre “grand-chef” murmurait avec intention. Il récitait la Bienveillance, la Protection, l’Amour et l’Harmonie. Cela semblait être du russe. Ces paroles me firent sourire du coeur et prenaient tout leurs sens. ici et maintenant.
D’un regard complice, nous nous regardâmes comme pour acquiescer que nous étions tous prêts. Et c’est ainsi que doucement nous nous élancâmes dans les profondeurs laponnes. 
Notre tribu était composée de neuf et même onze individus, tous bien différents mais ô combien complémentaires dans cette aventure. 
Valérie était la doyenne, notre “Maman”. Familière de la nature et en particulier des plantes médicinales.
Nico, Jean et Max étaient trois copains ayant le goût de l’aventure. Nico étudiant en psychologie, profitait de cette expérience pour analyser les différents comportements qui étaient susceptibles d’être observé lors de cette immersion. Jean, photographe passionné allait être notre reporter.
Mission cependant très difficile à réaliser face à ce grand froid. Max était présent pour lui-même. 
Tobias, féru de nature et de vie sauvage était arrivé jusqu’ici en auto-stop depuis la France. Il avait prévu de passer les trois mois d’hiver en Scandinavie, l’immersion arrivait à souhait sur son chemin.
Isa, mon acolyte est également amoureuse de la Nature, adepte des imprévus et de l’aventure, joyeuse du coeur et de l’esprit.
Luka, l’italien, passionné de vie sauvage également fût le chef cuisto de notre équipage, le bras droit de Baptiste. 
Enfin moi-même, qui adore être au contact de la nature, de l’inconnu, et aventurière de coeur.
Et bien sûr Baptiste, notre chef de meute. Sans oublier les inévitables Kané et Zita, les chiens respectifs de Luka et Baptiste, nos tendres bêtes sans qui cette aventure aurait eut une autre saveur. 
Nous étions à présent ensemble pour vivre les uns avec les autres, les uns pour les autres. C’est ainsi qu’ensemble nous nous enfoncions dans un désert de beauté, la Taïga s’offrait à nous comme une mère accueille ses enfants. 
Baptiste nous avait annoncé, au vue du précédent repérage, qu’il nous faudrait un minimum de deux jours de marche afin de pouvoir songer à installer notre camp de base. Mentalement, et cette étape a toute son importance, nous nous y préparâmes. Avec plusieurs kilos sur le dos, nous nous relayons pour tirer les deux luges, pleines de provisions minimalistes et le seau de 10kg de viande de renne porté à bout de bras. Nous
nous enfoncions gentiment aux rythmes de nos enjambées dans cette Taïga vierge. Sans traces ni repères au gré de nos boussoles, direction nord-ouest. 
Ce jour là, la température était clémente, aux alentours de zéro degré, température presque trop douce pour une journée de marche telle que nous l'entreprenions.
Les arbres avaient été démunis de leur manteaux blanc, les forêts se succédaient entremêlées de lacs et rivières. Le paysage, avait perdu ses couleurs. Blanc du ciel, blanc des terres, arbres triomphants, nous étions à la découverte de ce désert végétal, monochrome. 
Il est important de préciser qu’à cette période de l’année, lacs et rivières ne sont pas forcément praticables. Une certaine vigilance était de rigueur. Sonder la glace pour analyser son épaisseur. Selon Baptiste, cinq centimètres de glace suffisent pour une première sécurité. Eviter bien sûr les confluences de rivières où la glace a beaucoup plus de mal à se former de part l’activité du courant. Marcher espacé les uns des autres afin d’éviter trop de poids sur la même zone. Nous respections les consignes, avec tout de même pour certains quelques craintes à chaque pas.
Pour ne citer qu’Isa, qui, à l’approche de la glace ressentait une peur incroyable et incontrôlable. 
À notre première pause, après plusieurs heures de marche, je dus rompre mon pacte avec le végétarisme. Je compris rapidement que pour ma survie dans cette aventure, une source de protéines animales était inévitable. C’est ainsi que ma réadaptation à ce régime alimentaire se fit en douceur avec un petit “carpaccio de renne” à même la glace d’un petit lac. 
Il nous fallu encore quelques heures de marche pour rejoindre le spot qu’avait repéré Baptiste et Luka pour le premier camp. Au pied d’une montagnette, à l’orée d’une forêt de pins, au bord d’un confluent de deux rivières, nous prenions refuge. 
Soulagée d’être enfin arrivée et de pouvoir soulager mon dos qui se faisait douloureux par le poids du chargement. À peine arrivés il nous fallut installer le camp. Sans perdre une minute. La nuit était déjà tombée, le froid, sans marcher, pouvait vite se faire ressentir, c’est donc à la lueur de nos frontales que semblables aux fourmis nous formions notre petit nid. Chacun trouva avec simplicité sa place, en se rendant utile pour le bien de notre communauté. Certains s’occupèrent du feu, d’autres du bois à couper, une équipe de l'eau, en allant creuser la glace. Une équipe construisit aussi un petit abri à ciel ouvert avec les plash palatka (tarp/baches russe en coton serré) afin de nous protéger du vent. Ensemble nous découvrîmes nos premiers gestes de survie, ceux qui deviendraient notre quotidien. Nous étions heureux dans cette forêt à creuser la glace et scier du bois.
Ce soir là, chacun improvisa dans sa popote de quoi faire le dîner. Autour du feu nous partageâmes ce repas, nos ressentis, des sourires … La chaleur du feu nous fît nous dévêtir malgré la fraîcheur de la nuit tombante. Ainsi nous pûmes sécher nos affaires, chaussons intérieurs des chaussures, vêtements etc … mouillés par l’humidité d’une journée intense de marche. 
Doucement chacun prenait ses repères avec ce nouveau mode de vie qui devenait le nôtre. Hommes des bois. Hommes des forêts boréales. Frères d’aventures.
Chacun sur sa peau de renne en guise de matelas isolant, emmitouflés dans son duvet, accomplissait des gestes de fin de journée. Des gestes qui allaient nous être si familiers dans notre nouveau quotidien. Des gestes de survie, ceux qui nous feront passer des nuits agréables et confortables  même à -30*C. 
Cette nuit, l’air était doux. Et pour cette première nuit dans les bois, le Ciel nous recouvrait de neige. La nuit fût un peu mouvementée, l’abri n’étant pas adapté. 
**
Je me souviens qu’au petit matin, c’est la neige goûtant sur mon visage qui fût mon réveil. Je me souviens aussi comme il fût difficile de sortir du duvet afin affronter le froid et d’y faire face. Mais chaque matin dorénavant c’est avec ce courage qu’il nous faudra commencer la journée. Couper du bois, allumer le feu, aller chercher de l’eau, briser la glace. Pooridge avec des baies pour le petit déjeuner, ces baies étant très riches en vitamines.
Cette deuxième journée de marche allait être longue. Et à partir de maintenant nous étions tous dans l’inconnu. Baptiste et Luka n’avaient fait le repérage que jusqu’à cette première étape, pensant trouver un endroit similaire susceptible de convenir pour notre camps de base. 
Cette journée encore nous traversâmes lacs et rivières avec beaucoup de prudence. Nous évitions aussi les confluences dangereuses en longeant les berges souvent difficiles d’accès. Les enjambées se faisaient difficiles. Après plusieurs heures de marche nous cherchâmes donc un endroit stratégique. Il nous fallait du pin à proximité. Le pin est un bon bois de chauffe ainsi qu’un bon bois de construction. Il nous fallait également être à proximité de lacs géographiquement bien placés afin de maximiser la pêche. La pêche étant évidement un moyen de survie, il était donc très important de ne pas négliger ce point. Un endroit protégé du vent et à l’abri des regards, car même si nous nous étions suffisamment enfoncés dans les profondeurs de la Taïga, nous n’étions pas à l’abris d’un chasseur ou pêcheur lapon. L’accès en motoneige étant beaucoup plus rapide et facile. 
Nous continuâmes de marcher en analysant les alentours. Toujours avec ces charges lourdes pour chacun de nous. Chaque pas devenait de plus en plus dur. La pénombre commençait gentiment à tomber. Il était à peine 16 heures. Pas de pins à l’horizon, ou alors très peu, parsemé parmi les innombrables bouleaux qui constituaient ces forets boréales où nous nous trouvions. Nous apprîmes plus tard, qu’au dessus d’une certaine latitude, les pins ne poussent plus. 
Nous nous résignâmes donc à la lueur de nos frontales d’installer le camps pour la nuit, un peu plus loin là-bas, sur les hauteurs, au bord de deux lacs qui se rejoignaient. Nous continuâmes donc sur une centaine de mètres, nos derniers pas de la journée. Les uns derrières les autres, toujours avec autant de prudence mais malgré notre vigilance en marchant sur les bords du lac, Nico, qui était juste devant moi s’enfonça dans la glace d’un coup sec alourdi par le poids du sac. Son cri de peur et de surprise nous alerta tous. Mais l’instinct de survie ajouté à l’adrénaline le fît sortir de l’eau en moins de trois secondes. Une seule jambe s’était enfoncée. Il nous fallait vite mettre notre Nico au sec, le réchauffer et qu’il se change rapidement. Heureusement nous étions sur le point d’arriver sur le lieu choisi pour le camp. Le feu fût allumé assez rapidement.
Son pantalon mît tout de même une semaine pour sécher. Le froid l’avait transformé en glaçon géant. 
Nous procédâmes pour l’installation du camp avec le même procédé que précédemment. Équipe bois, équipe feu, équipe eau, équipe cuisine.
L’abri, ce soir-là encore, fût construit avec les plash palatkas, mais en prévention cette fois-ci de la neige éventuelle. 
Demain serait un autre jour pour décider si notre camp pour le reste de l'aventure serait ici ou … ailleurs.  Un cercle de parole fût instauré. Exprimer ses émotions, ressentis, besoins, appréhensions … au sein du groupe nous semblait nécessaire.
 
**
Le lendemain, en jour 3, c’est Tobias, comme certainement tous les jours qui suivirent, qui alla chercher de l’eau , coupa du petit bois et alluma le feu pour le bien de la communauté. Celle-ci se réveilla tranquillement au rythme de la nature environnante. En cette période de l’année, le jour se levé de plus en plus tard. Les chenilles, doucement ouvraient un oeil, puis deux. Les chenilles, c’était nous, emmitouflées dans nos duvet.
Nous étions un nid de chenilles multicolores dans cette Taïga monochrome.
Chacun à son rythme sortions de notre cocon douillet pour aller caresser la fraîcheur d’un matin lapon. Les couleurs d’un ciel pastel au soleil timide se reflétant dans chaque cristaux de glace. La pureté incommensurable faisait de chaque réveil un moment incroyablement magique et riche en émotions. À qui bien sûr se donnait la peine de vivre ce moment. Instant précieux et court dans l’espace temps. Il fallait pouvoir se lever à l’aube. Sachez tout de même que l’aube lapon est généreux : pas avant 8h/8h30.  Valérie n’en rata aucun.
Ce matin du troisième jour, nous nous réunîmes autour du feu pour l’heure du pooridge. Chacun avait pu analyser et ressentir à la lumière du jour l’endroit où nous étions. Il était important d’être en connexion avec la Nature, grâce à elle nous allions pouvoir survivre. Il nous fallait l’écouter. Nous fûmes le points des différents ressentis ensemble. À l’unanimité, tous les membres de notre tribu furent d’accord pour élire domicile où nous étions. 
Le gros oeuvre allait pouvoir commencer. 
À la base Baptiste aurait aimé construire un abri en rondins de pin. Un abri ressemblant fortement à une cabane. Assez simple à réaliser en emboitant les rondins. Réalisation assez simple lorsque pins à proximité il y a !! Tel n’était le cas. Nous n’avions que du bouleaux. 
Nous optâmes donc pour la construction d’un Tchoum. “Tipi Russe”. Il nous fallait tout de même du pin, mais en moindre quantité. Des kilomètres ont donc été parcourus aux abords de notre camp pour pouvoir récupérer du pin qui servirait de perches pour le Tchoum. Le pin est un bois résistant pour les constructions et un bois de chauffe hors-normes. Après quelques heures de travail, recherche de bois, coupe, écorçage … nous avions un début d’abri.
Il me semble que ce fût le troisième soir, qu’à notre grande surprise, alors que semblables aux fourmis nous continuons la construction de l’abri, que soudain la magie dans le ciel s’opéra. Nous assistâmes à une danse multicolore, gracieuse et majestueuse du Ciel. La Taïga monochrome prenait désormais une autre dimension. Sentiment de vulnérabilité et de gratitude encore et encore envers notre Terre-Mère. Bouche-bée scie et hache à la main face à cette aurore boréale.
**
Les jours passèrent et notre abri prit de plus en plus forme. Toujours avec de nouvelles idées quant à son amélioration.
Nous avions choisi de se concentrer d’abord sur la construction de l’abri et de se préoccuper de la pêche en second temps. Si un minimum de confort nous était autorisé, nous souhaitions le valoriser.
Dans “confort”, nous imaginions un abri avec une bonne isolation, assez spacieux pour que toute la tribu puisse y être allongée confortablement, un coin vaisselle et garde-manger (même si les denrées se faisaient de plus en plus rares !), un feu central pour que tout le monde puisse profiter de sa chaleur, si réconfortante, un éventuel espace pour les chiens, Kané et Zita. Notre abri serait assez grand en hauteur pour y tenir debout, il nous fallait aussi étudier l’évacuation des fumées. Au sixième jour, notre abri ressemblait à quelque chose comme ça : 
-11 grandes perches (pins écorcé )
-4 perches transversales en hauteur afin de soutenir les plus petites perches en longueur. -Les bords du tipi : - barres transversales en bouleau, recouvertes de troncs de bouleau vertical, eux-même recouvert de neige, pour l’isolation.
-Le feu est actuellement sur le côté, nous
! allons certainement le mettre central.
Les journées se ressemblaient beaucoup tout en étant bien différentes. La pénombre arrivant de plus en plus tôt dans la journée, 15h/15h30.
Puis à la fin de l’immersion, à 14h il faisait presque nuit noire. 
Nous avions pris pour habitude de faire nos différentes activités dans le noir à la lueur de nos frontales, notre troisième oeil. Nous restions éveillés jusqu’a tard souvent attendant l’épuisement de notre corps physique. Par ce fait nous nous levions assez tard, au grand désespoir de Valérie, qui elle se réveiller bien plus tôt. Il est vrai qu’en se levant tard, nous profitions moins de la lumière du jour, parfois seulement une heure ou deux, la pénombre arrivait si vite. 
Nous décidâmes d’un accord commun de changer de rythme. Il nous fallait juste nous coucher plus tôt pour ainsi nous lever plus tôt en profitant de la magie du petit matin et d’un peu plus de lumière naturelle. Cependant, il était important de respecter le temps de sommeil dont notre corps avait besoin. Le froid puisant dans nos calories et ainsi dans notre énergie vitale.  
À suivre : 
-Pose des filets
-Départ Valérie
-Révision du Tchoum
-Journée à -30*C
-Retour prématuré
-Hélicoptère
-Hôpital
-Lac Inari
-Cabanes en cabanes

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